Tour d’Horizon – Des femmes et un sacré duo.

Reprenons nos articles hebdomadaires quelque peu abandonnés par notre grande activité pour vous parler de deux ouvrages qui sont aussi rafraichissants que bienvenus.

Nous avions parlé il y a quelques temps de DANGEROUS WOMEN Vol 1, une anthologie où les héroïnes féminines ont la part belle chez J’ai Lu.. Ce premier volume regroupait des grands noms du genre mais il avait été décidé d’éditer un tome écrit par des hommes et le second par des femmes, au contraire de la VO. Choix éditorial un peu étrange convenons-en car la renommée des auteurs du premier n’est en rien comparable avec celles du second.

Il n’y a guère de Megan Lindholm dont la renommée est mondiale. Vous ne la connaissez pas? Alors vous connaissez surement son alias: Robin Hobb. La seconde est Diana Gabaldon, auteur de Outlander, la série phénomène par delà l’océan dont les livres sont au format de la brique ou du pavé. Sa nouvelle est d’ailleurs la plus longue, fidèle à sa réputation d’auteur prolixe.

Sur plus de 600 pages ce sont 13 histoires qui vont ainsi se succéder. Comme toujours dans les anthologies il y en aura pour tous les goûts mais ce qui est intéressant à souligner dans cette dernière, c’est le grand tour qui nous est offert. Allant plus profondément  dans l’originalité et sortant des tropes classiques comparé au premier volume, vous allez voyager bien loin et ainsi vous évader dans le paranormal, l’historique (la formidable nouvelle de Raisa Stepanova, pilote femme russe pendant la Seconde Guerre mondiale, sujet auquel on ne s’attend guère). Caroline Spector, dans un titre énigmatique (« les Mensonges que me  racontaient ma mère ») a aussi un rapport avec le jdr: non seulement on apprend qu’elle a travaillé sur Top Secret de TSR mais aussi sur Marvel Superheroes de TSR. C’est sans surprise que sa nouvelle parle de superhéros et, ayant participé à la série de nouvelles Wild Cards, son histoire se passe dans cet univers.

On trouve aussi de la SF, l’histoire d’un Reine en exil, Constance de Hauteville, en Sicile du XIIe siècle dont la ressource est pour le moins aussi inépuisable que dangereuse.

Par ces thèmes originaux , il y a une vraie découverte d’auteures (et l’on regrette que beaucoup soient trop peu traduites) dans des histoires VRAIMENT variées et sortant de l’ordinaire. Même si les qualités sont inégales chacune présente de vrais personnages qui peuvent encore une fois s’adapter sans grand changement dans tout jdr idoine.

Le genre de la nouvelle est un genre toujours appréciable. En effet, il est l’ami de ceux qui ont peu de temps et qui veulent s’évader. De ceux qui veulent picorer, s’en aller et revenir pour faire durer le plaisir. Et sans conteste, Dangerous Women réussit parfaitement sa mission.

Après avoir parlé de cette multiplicité de personnages, passons cette fois à un duo chez Bragelonne.  Commencer une série de fantasy qui vient de sortir est toujours stimulant. En effet, pas de milliers de pages à rattraper et la couverture de Hope et Red attire l’oeil et l’imagination. Et puis, soyons honnêtes, je ne peux résister au concept du duo.

Hope est l’unique survivante du massacre de son village, dévasté par les terrifiants biomanciens, serviteurs mystiques de l’empereur. Recueillie par un soldat vinchen, elle a suivi un entraînement secret, faisant d’elle une guerrière qui ne vit que pour la vengeance.
Red est un orphelin adopté par une ancienne mercenaire issue de la pègre. Il est devenu un voleur et un escroc au talent inégalé.
Quand un chef de bande sanguinaire passe un marché avec les biomanciens* pour contrôler les bas-fonds de la dangereuse cité de Laven, les destins de Hope et Red se croisent. Et leur alliance improbable va faire autant d’étincelles que de dégâts…

Bien sûr, on a envie de rajouter TA TA TAH.

Pour quiconque aime les duos et/ou les jeunes héros en apprentissage, ce roman est pour vous. Bien écrit, vif, avec un univers simple (des archipels) mais avec une carte qui fera mal aux yeux malgré le grand format, le roman s’anime de lui-même et les pages bougent sans que l’on ne s’en rende compte, mais pas toutes seules, je vous rassure. On retrouve la même impétuosité que chez Scott Lynch avec les Mensonges Locke Lamora et l’on pourra saluer les efforts du traducteur pour rendre le fameux argot des voleurs, à la place prépondérante. Bien caché à la toute fin du roman de trouve même un glossaire de 5 pages qui vous sera bien utile pour suivre les dialogues (par exemple, les gobelins ne sont pas ici les créatures auxquelles le lecteur de fantasy sera habitué..)

Les débuts séparés des héros éponymes ont tous deux le même intérêt et l’on passe sans frustration de l’un à l’autre. Alors que l’on devine les points communs et d’entente que nos deux comparses vont avoir, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine excitation à l’arrivée imminente de leur rencontre. Et ce point d’orgue est une réussite complète.

L’univers n’est pas dénué d’une certaine naïveté, mais dans le bon sens du terme. Les noms sont simples, la localisation dans ce monde également et ce dernier prend ainsi vie tout doucement, le début du roman pouvant se dérouler un peu partout (lire: dans n’importe quel univers de fantasy jdr). Cette simplicité apparente contraste avec des des combats très violents et des descriptions ne vont rien épargner, avertissant le lecteur que tout peut ainsi arriver, et très vite. On est à la fois impressionné par ces personnages débutant leur vie mais on se dit que bien des choses peuvent arriver à tous ceux à l’on s’attache (et qu’il y a 3 tomes..). L’intrigue de vengeance est simple mais efficace et permet de bien s’attacher aux personnages. Cette fluidité narrative rend la lecture des plus plaisantes et les personnalités variées des protagonistes les rendent très crédibles malgré les rôles archétypaux qu’ils peuvent incarner. Mais peut-être est-ce la la clé des oeuvres réussies? Commencer par ce que tout lecteur (re)connaît et instiller l’originalité et la personnalité au fur et à mesure des pages..

Les beaux jours reviennent, prenez la mer avec Hope and Red!

*les biomanciens sont des serviteurs mystiques de l’empereur, qu’il vaut mieux éviter d’embêter, comme le devine le prudent voyageur.

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