Tour d’Horizon – Joe Abercrombie: Pays Rouge et La Mer Eclatée

Cet article de lecture va être quelque peu différent de ceux que l’on vous présente habituellement. Habituellement, je vous parle un d’un auteur que je connais presque sur le bout des doigts et je vous propose une de ces œuvres et aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Dans le plaisir que nous avons à vous proposer des œuvres servant notre passion, nous nous appliquons le même credo. Joe Abercrombie était pour moi un « auteur-couverture ». Rien de péjoratif, juste un des nombreux auteurs dont je ne regardais que les couvertures sans le lire, les jaquettes de ses livres étant toujours très réussies. Ayant beaucoup aimé « A Double tranchant », c’est une double présentation auquel je vais me livrer aujourd’hui, sur une intégrale et un roman. Je revendique tout se suite une ignorance des  récurrences des personnages, certains parlant d’événements passés qui sont en fait présents dans d’autres romans d’Abercrombie, notamment ceux de la Première Loi.

La Mer Éclatée est une imposante intégrale et Pays Rouge vient de sortir chez Milady. Allons donc explorer les secrets de ces pages..

 

Né faible aux yeux de son père, le prince Yarvi a juré de récupérer un trône dont il n’a pourtant jamais voulu. Mais il doit d’abord affronter la cruauté de sa propre famille, les humiliations de l’esclavage, ainsi que les eaux amères de la Mer Éclatée. Tout cela avec une seule main valide. C’est au côté d’une étrange assemblée d’exclus et de marginaux, et non parmi les nobles de son rang, que Yarvi apprendra à être un homme – s’il survit aux épreuves de toutes sortes qui l’attendent…

 

Le passé ne reste jamais enterré…
Farouche Sud aurait aimé oublier son passé une fois pour toutes.
Mais lorsque son frère et sa sœur sont enlevés et sa ferme réduite en cendres par une bande de hors-la-loi, il est temps pour elle de reprendre ses anciennes habitudes. En compagnie du vieux Nordique qui l’a adoptée, un homme lui aussi marqué par ses démons, Farouche entame un long voyage à travers les plaines désertiques. Un voyage qui les emmène jusqu’aux bas-fonds d’une ville cauchemardesque, frappée par la ruée vers l’or, puis dans les montages inexplorées, qu’on dit hantées. Sur leur chemin, règlements de compte, alliances douteuses et trahisons amères se succèdent à la vitesse d’une flèche de barbare.
Car même lorsqu’on croit avoir tout perdu, au Pays Lointain le passé ne reste jamais enterré…

Que cela soit Farouche et Yarvi, nous partons d’un personnage fort: l’un aura un parcours initiatique et l’autre part dans une vengeance/poursuite. Deux intrigues classiques et différentes mais au traitement aux nombreux points communs.  On  compare parfois Abercrombie à David Gemmell, à savoir un auteur sans fioriture, aisé à lire. C’est une juste remarque mais pour Gemmell (je ne peux que conseiller Troie et le Lion de Macédoine)  on retrouve des personnages un peu récurrents portant par exemple trope du guerrier qui-a-versé-trop-de-sang-et-qui-connaîtra-une-mort-expiatoire.

Ici ce n’est pas le cas. Joe Abercrombie sait habiller (ah ah, subtil jeu de mots) ses personnages et ses intrigues. Il se lit très aisément car le narrateur se place souvent en retrait pour laisser la place au dialogue, ce qui nous permet de vite cerner les protagonistes et de les identifier facilement.

Les dialogues sont la force d’Abercrombie et nous avons déjà twitté des extraits qui sont de vrais aphorismes « nous sommes des mercenaires. Nous laissons les causes meilleures aux hommes meilleurs » dit Nicomo Cosca dans Pays Rouge, exubérant chef de compagnie de mercenaires. Evidemment le souci de cette exubérance qui vole la vedette à tout le monde, c’est que certains personnages pourront sembler un peu plus terne.

Les personnages sont aussi très faciles à identifier par des noms simples et l’univers d’Abercrombie, s’il est bien doté d’une carte (sous la pression des fans après avoir longtemps refusé) sait nous y faire rentrer en douceur.

Que ce soit Yarvi à la recherche de son héritage ou Farouche (dont le nom n’est pas usurpé) on s’attache vite et énormément à eux. Évoluant dans un monde noir où le cynisme est à chaque page, c’est avec plaisir que nous suivons leurs aventures. Reconnaissons toutefois, dans ma lecture comparée,  que de Pays Rouge à la Mer Eclatée, l’écriture mettant l’emphase sur les dialogues apporte certaines baisses de rythme, tout comme Pays Rouge où l’exposition  traîne un peu. Si vous aimez l’action vous serez peut-être un peu impatient mais si vous aimez la lecture immersion, vous serez ravis. En effet,  Pays rouge a cette originalité de vouloir allier le western et la fantasy. Contre toute attente, cela marche très bien avec les pionniers, les gisements d’or mâtinés de villes fantômes. On trouve aussi dans les personnages un chroniqueur des « exploits » de Cosca sorti tout droit d’Impitoyable, écho du journaliste narrant les hauts faits de Bill Daggett. Et la force de ce mélange est de régulièrement imaginer plus que ce qui est écrit, et l’on découvre avec plaisir à quel  point Abercrombie marie deux genres avec bonheur.

 

Dans un format bien plus imposant, L’intégrale de la Mer Eclatée vous fait aussi découvrir un monde bien plus varié que celui de Pays Rouge et Yarvi est un personnage auquel rien ne sera épargné. Personnage fait de bien des étoffes, forcé d’agir de manière bien peu noble pour survivre. Il va, comme Farouche, rencontrer de nombreux personnages et ils vont former un communauté de rejetés avec lesquels on sympathise immédiatement, formant une compagnie de rejetés dans laquelle on peut se projeter, aussi bien littérairement que rôlistiquement. Les rebondissements sont présents et les situations toujours très claires (de par leurs révélations en coup de poing, que cela soit par un dialogue où une courte phrase). Elles facilitent la lecture et ne font pas revenir en arrière dans la lecture.

Vous l’avez compris, un nouveau chouchou est arrivé dans l’écurie et il a de nombreux chevaux. Ce n’est pas du George Martin mais un auteur qui sait transporter en quelques lignes, au style très cinématographique et visuel, et sahcant décrire des galeries de personnages aux caractères bien définis.

Pays rouge , malgré son concept de « chasse » (farouche à la recherche de son frère) ferait un parfait monde de jdr médiéval fantastique pour tous les MJ qui aiment incarner des PNJ hauts en couleur et sachant bien manier le verbe. Quant à la Mer Eclatée, pourquoi ne pas accompagner Yarvi dans ses hauts faits.

Comptez- sur nous pour vous tenir informer de son actualité et n’hésitez pas à nous dire si vous l’avez adapté ou si vous avez pris ses intrigues pour les transposer dans vos parties, spécialistes que vous êtes de lui, n’en doutons pas.

 

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