Tour d’Horizon – Solomon Kane, le Jdr.

Solomon Kane

Mon article précédent autour du jeu de rôle Conan édité par Modiphius nous avait conduit à évoquer Robert E. Howard comme une des sources d’influence majeures de notre hobby. Cependant, Conan n’est pas le seul héros au potentiel dignel convertible en jeu de role qui a été créé par Howard. Il a écrit des centaines d’histoires où interviennent des dizaines de personnages qui seraient dignes de figurer dans vos fresques fantastiques. Un de ces personnages se distingue tout particulièrement : Solomon Kane, alias le vengeur puritain.


Prenons un peu de temps afin de le présenter. Son nom réussit tout d’abord la prouesse d’associer deux personnages majeurs de la Bible : le sage Salomon et Caïn, le premier tueur de l’humanité. Ensuite, nous ne savons pas grand chose de cet homme si ce n’est qu’il est né quelque part dans le Devonshire en Angleterre. Il incarne l’archétype de l’anglais puritain sévissant dans un 16ème siècle fantasmé. C’est un personnage des ténèbres, généralement habillé de noir, et qui se plaît à entreprendre ses actions dans une obscurité certaine. Il voyage à travers le monde en chassant les démons, les réduisant à néant à l’aide de sa rapière et de ses deux pistolets. Sa personnalité est complexe, ne supportant que rarement le compromis. Il semble totalement obsédé autant par la protection du faible que par l’application de la vengeance sur l’oppresseur.

Ses horizons sont lointains, allant jusqu’à explorer les confins des empires de l’époque : Solomon rencontre ainsi au cours de ses péréginations des bêtes sauvages, des esclavagistes, des créatures monstrueuses, l’Inquisition, des fantômes, des cannibales, des vampires ou encore des pirates. Vous comprendrez à l’évocation de cette liste que ses histoires constituent un formidable terrain de jeu pour nous autres rôlistes. C’est assurément un personnage ambivalent, voire paradoxal, car il justifie ses exactions par l’application d’une volonté divine. Nul plaisir dans ses actes, et cette austérité se rappelle assez souvent dans les descriptions d’Howard. On pourrait tracer un parallèle avec les horreurs de son ami Lovecraft, où la noirceur de l’âme humaine est aussi amenée à se corrompre inexorablement dans les ténèbres de l’Inconnu.

Le monde de Solomon Kane est une version de notre 16e siècle teintée de pulp, riche d’ajouts chers à Howard comme l’existence du continent Atlante. C’est un monde empreint de sauvagerie et d

 

e corruption, où nombreuses sont les âmes en perdition. L’Ancien Monde, le Continent Noir, le Nouveau Monde et Cathay/l’Orient sont les quatre piliers géographiques. Nous alternons entre descriptions de lieux réels et fictifs où prennent place les aventures de Solomon Kane, les rendant facilement transposables à votre table avec un minimum d’efforts. Peu d’exactitude historique en revanche, et ce n’est pas le propos ni du jeu ni de oeuvre. A ce propos, la lecture des aventures de notre vengeur rigoriste s’impose pour saisir pleinement l’ambiance et ainsi mieux la retranscrire à votre table. Elles sont disponibles pour 10 (dix) euros chez Bragelonne en grand format et traduites par Patrice Louinet. C’est ce que l’on appelle un alignement de planètes.

 

Je mentionnerai enfin que l’Afrique telle que décrite dans les récits de Howard est celle des clichés en vogue dans la littérature populaire du XXème siècle, alternant paternalisme ou racisme selon l’occasion. Il faut donc accueillir ces écrits avec un certain recul et une mise en perspective, à l’instar de ce que l’on pouvait trouver à cette époque dans Weird Tales, distribué en kiosques. Ce n’est nullement une justification en soi de ces positions mais permet de lire l’oeuvre en connaissance de cause.
Pinnacle a acquis les droits de Solomon Kane et a produit par la suite une gamme de livres dédiée à l’univers, en se reposant sur son système Savage Worlds. L’objet de cet article n’est ni de décrire ni même d’évaluer ce système : d’autres le font/feraient bien que moi, et là n’est pas l’intérêt de mon propos. J’indiquerai simplement qu’il réflète particulièrement bien la dangerosité et l’explosivité du monde dans lequel évolue notre héros. La beauté de l’action surpasse de loin son réalisme dans les aventures contées par Howard et Savage Worlds aide à entretenir cet esprit pulp.

Quatre ouvrages sont parus sous l’égide de Pinnacle :
The Savage World of Solomon Kane, paru en 2007 : c’est le livre de base qui reprend les règles de SW et les adapte au monde de Solomon Kane sur 350 pages environ.
Traveler’s Tales, paru en 2008 : ce recueil au format souple 32 pages comprend trois aventures de qualité variable, qui illustrent le caractère sombre de l’univers.
The Savage Foes of Solomon Kane, paru en 2010 : ce livre cartonné de 156 pages contient plus de vingt adversaires potentiels qu’il est possible de mettre en scène instantanément avec des synopsis associés.
The Path of Kane, paru en 2011: Ce livre cartonné de 223 pages est en quelque sorte le guide géographique de l’univers, où sont parsemées plus de cinquante histoires prêtes à prendre vie dans le cadre de votre campagne.

Pinnacle présente ses campagnes de manière assez standardisée dans ses settings Savage Worlds (à l’instar de Deadlands). Deux types d’aventures, les “plot points” et les “savage tales”, constituent le chemin de nos joueurs. Le “plot point” contient les éléments critiques de la campagne et met en mouvement l’histoire des protagonistes et des évènements. Le “savage tales” est optionnel et n’influe pas directement sur le cours des choses. C’est donc au MJ de gérer avec parcimonie les moments forts de sa table, pouvant compter sur un réservoir d’opportunités pour des joueurs qui en voudraient advantage. Cela implique cependant un travail de préparation conséquent en amont afin de rendre la mécanique fluide.

Toutefois, je suis assez réservé face au simplisme de certaines intrigues, à l’instar de celle proposée par la campagne présente dans le livre de base. Non pas qu’elle démérite dans sa structure, mais elle se résume par moments à une application systématique de la logique kanienne : je suis le bras armé d’une volonté céleste donc mon combat est juste. Il faudra du travail pour permettre à cet ensemble d’aventures d’acquérir du relief et de porter vos personnages vers un questionnement plus subtil quant à leurs croyances face à ce qu’ils observent. A noter que la lecture des aventures de Kane ne nuit pas à la jouabilité des scénarios : cela ajoutera même une dimension supplémentaire dans leur compréhension des enjeux auxquels ils devront faire face.
Si le matériel est somptueux et le système de jeu fait mieux que tenir la distance, nous ne pouvons donc pas en dire autant de la mise en situation dans l’univers.

Pour des MJ débutants, l’exercice pourrait se révéler périlleux : peu d’exemples dans l’application des règles ou dans la manière de mettre en jeu tel aspect de l’univers. Il y a aussi peu de liens évidents entre les choix effectués lors de la création du personnage et leur concrétisation dans la proposition de jeu autour de la table. L’absence de PNJ permettant d’illustrer ces liens est aussi flagrante, heureusement rattrapée par la présence de certaines sur le site web de l’éditeur du jeu et la sortie du supplement dédié The Savage Foes. Autre point à souligner : une magie lourde, peu accessible et qui n’est pas sans risques pour celle ou celui qui tenterait de la pratiquer. Amateurs de pyrotechnie appliquée, vous passerez donc votre chemin à l’évocation de ces lignes…

En résumé, c’est une gamme de bonne qualité, à la fois dans le contenu et dans sa mise en valeur artistique. Nous pourrions reprocher le côté fouillis des différents ouvrages, qui n’aide pas à l’immersion. Il est donc indispensable de s’y plonger pour en tirer la quintessence. Une fois cela fait, il est plus facile d’explorer les différentes facettes proposées dans le jeu, qui ne manque pas de ressources à condition de savoir les exploiter convenablement. Le côté onéreux de l’acquisition des ouvrages pourra aussi en freiner certains et je recommande donc dans un premier temps d’acquérir les pdf si vous souhaitez en savoir plus.

A noter qu’à l’heure où j’écris ces quelques lignes, Mythic Games (à qui nous devons Joan of Arc, en production propre à venir) a pour projet de lancer en juin prochain un jeu de figurines exploitant la licence Solomon Kane et permettant de mixer les aventures avec le panache de notre puritain préféré. Déjà plus de 4000 followers en moins de 4 semaines après l’annonce, un engouement qui  illustre l’attente des fans, mais aussi de celles et de ceux qui souhaitent combattre les ténèbres horrifiques aux côtés de Solomon. Un nouveau jeu de rôle Solomon Kane n’est pas à exclure pour l’occasion…  En garde !

_ Sébastien H.

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